Fontenay le Pesnel
- Statistique monumentale du Calvados, tome I, Arcisse de Caumont
- Étude sur le canton de Tilly-sur-Seulles, Pierre de Longuemare (conseiller général du canton
de Tilly-sur-Seulles), 1907
L’ancien nom de la commune est « Fontanetum Paganelli ». Le terme « Fontanetum »
vient sûrement des nombreuses et anciennes sources arrosant le territoire du village.
Certaines sont encore visibles et utilisées aujourd’hui, comme par exemple les fontaines,
le cours d’eau ou encore les puits présents à différents endroits au sein de la commune.
Le terme « Paganelli » indique quant à lui les possesseurs du sol.
La famille Paynel date probablement de l’invasion des Normands.
Trois abbayes se partagent le territoire de Fontenay : l’abbaye de Saint-Étienne,
l’abbaye de Fontaine-Daniel et l’abbaye de Saint-Barbe en Auge.
Il y eut plusieurs propriétaires laïques aux XIVe-XVe siècles, même si en 1435,
les Paynel sont toujours les seigneurs de Fontenay. La Vavasserie est passée des
Paynel aux Mellent en 1435 à la suite d’un mariage. Le fief principal comportant
le patronage est passé dans les mains de la maison d’Estouteville en 1435 et est
alors devenu un vicomté. Cette famille conserve le fief jusqu’en 1505 où il passe
entre les mains des Néels. Ces derniers vendent le fief noble, la terre et
seigneurie de Fontenay en 1557 à Estienne Duval, sieur de Mondreville et
nouveau seigneur de Fontenay. Estienne Duval appartient à une riche famille de
négociants et devient sous Henri II receveur général des États de Normandie.
Il achète en 1563 le fief de Fontaine-Daniel, ce qui lui permet ainsi de réunir
toute la seigneurie de Fontenay. Ce fief est néanmoins racheté en 1577 par les
religieux.
Par mariage, les La Mesnardière deviennent seigneurs de Fontenay en 1629.
Jeanne de la Serre, dame de la Mesnardière, fonde en 1643 une chapelle dans l’église
Saint-Martin. Sa fille, Ellaine de la Mesnardière se marie en 1654 avec Jean Acher,
sieur du Mesnil-Vité, et lui apporte la terre et la seigneurie de Fontenay. Claude,
la fille de ces derniers, épouse en 1676 Jean Regnault, « escuyer », seigneur de
Segrais. Il meurt en 1701 et sa veuve, Claude Acher du Mesnil-Vité, se remarie avec
Jean de Croisilles et lui apporte à la fois la terre et la seigneurie de Fontenay.
La commune fut notamment très connue pour ses carrières de pierre desquelles était extraite la
pierre dite de Fontenay. Cette pierre était bleue et servait pour le pavage. De nombreuses églises aux
alentours furent ainsi pavées avec ces pierres.
Une des particularités de la commune de Fontenay le Pesnel est la présence de deux églises
paroissiales : Saint-Aubin et Saint-Martin. Il n’est pour l’instant pas possible d’avancer une
explication pour la présence de deux édifices religieux dans une commune de campagne mais il est
possible de supposer que la présence de plusieurs seigneuries sur le territoire de la commune à
amené les seigneurs à fonder plusieurs édifices religieux, peut-être pour marquer leur prestige ou
pour faire acte de piété.
L’église Saint-Martin est postérieure à 1600 mais le chœur semble être plus ancien et dater du
XIVe-XVe siècle. Un des bâtiments les plus importants serait une chapelle dédiée à saint Marc et
fondée le 26 novembre 1643 par Jeanne de Serre, dame de Saint-Martin de Fontenay.La particularité de
cette église est que sous le chœur se situe le caveau de Segrais, de sa femme
et de M. et Mme du Motel, les seigneurs de la paroisse. Il s’agissait d’une pratique autrefois
répandue chez les nobles et les aristocrates de tous rangs qui souhaitaient être enterrés « ad
sanctos », c’est-à-dire au plus près des saints. Selon des croyances alors répandues, cela permettait
aux morts de bénéficier des mêmes prières que les saints vénérés. Se faire enterrer sous le chœur
d’une église était également une importante marque de prestige. L’église est supprimée au cours du
XVIIIe siècle. Les offices y sont par la suite rarement célébrés, même s’il y a des inhumations.

Le plan de l’église est allongé et l’édifice est précédé d’un clocher-porche. L’édifice était
autrefois couvert d’un dôme. En raison des violents combats lors de la libération de la commune
suite au Débarquement, il ne subsiste aujourd’hui de la nef que les fondations. Le clocher est quant
à lui flanqué de quatre angles de contreforts. La tour était autrefois plus élevée mais il ne reste que
la base hexagonale. La tour fut transformée en une sorte de petit musée contenant une colonne
torsadée, des pierres sculptées, une cloche ainsi que des fonts baptismaux.
Cette église est placée sous l’invocation de saint Aubin, évêque d’Angers, et de saint Matthieu.
Juhel III de Mayenne, seigneur et patron de l’église, confie en 1206 le patronage de l’église à l’abbaye de Fontaine-Daniel,
monastère bénédictin établi en Mayenne. La chapelle Saint-Denis, qui était à l’origine séculaire, fut fondée en 1346 par le sieur
Jean Nicole et accolée à l’église. Par la suite, elles ont été réunies en 1444 par l’abbé de Fontaine-Daniel, près de Mayenne,
à son abbaye, suite à une décision du pape Eugène IV qui avait été sollicité par l’abbé. Il s’agit de la seule église du village
à avoir conservé un usage régulier après la Révolution française.
Le chœur voûté semble dater du XIIIe siècle mais l’édifice conserve
des arcatures visibles. L’église est considérée comme romane, avec néanmoins des ajouts extérieurs et postérieurs, notamment suite
à la fondation en 1346 de la chapelle Saint-Marc, mentionnée précédemment. Cet édifice religieux est un exemple caractéristique
de l'architecture religieuse normande, mêlant influences romanes et évolutions gothiques. Bien que de nombreux travaux furent
réalisés au XIXe siècle, la structure médiévale demeure dominante. Inscrite aux Monuments Historiques depuis le 21 juin 1927,
l’église Saint-Aubin incarne aujourd’hui un patrimoine à la fois religieux et historique, marqué par les conflits du XXe siècle,
en particulier la Deuxième Guerre mondiale, et les transformations architecturales successives. Son clocher, partiellement préservé,
et ses éléments romans en font un témoin des évolutions artistiques et sociales de la Normandie médiévale.